Circus Poker v2.0


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JUI

Aborder les WaSOP

ou tout autre tournoi deepstack (par Julien Becquart)

Catégorie : Articles de stratégie
Publié le : 26 juillet 2012 - 15:06

En cette veille de festival « WaSOP », durant lequel se déroulera pas moins de deux gros tournois à structures profondes, je vous propose un petit article sans prétention sur « comment aborder un tournoi deepstack ».

Je précise « sans prétention », car il n'y a à mon sens aucune « parole divine » au poker. Chaque joueur possède son propre bagage technique (et stratégique), sa propre expérience, et donc une manière à chaque fois personnelle d'aborder une partie.

 

Il y a néanmoins des vérités et des concepts, propres à la majeure partie des joueurs, qu'il est parfois intéressant de rappeler. Tolérance et recul sont deux éléments nécessaires la bonne lecture d'un article qui se veut « de stratégie ». En effet, un bon joueur de poker se construit grâce à une ouverture d'esprit, et une capacité à faire la part des choses.

Ne pas prendre les conseils pour des vérités, savoir faire preuve d'esprit critique, prendre ce qui vous intéresse, et éventuellement ajouter quelques-uns des concepts proposés à votre propre livre de cuisine.

 

Sur ce, assez de blablas « préservatifs », et place à l'article en lui-même.

 

Le terme « Deepstack »

 

Tout d'abord, un petit rappel (ou une explication) sur ce que signifie le terme « deepstack ». Si l'on traduit littéralement, on obtient « tapis profond ». Ok, la traduction c'est bien sympa, mais ça ne fait pas forcément avancer le schmilblick.
Essayons d'aller plus en profondeur dans le concept.

 

Si j'attaque le sujet de manière grossière, je dirais « Un tournoi deepstack, c'est un marathon de saut en longueur »… En ces temps olympiques, quoi de plus normal que de paraphraser, en employant des métaphores volées à l'athlétisme.

 

Marathon, car comparativement aux tournois traditionnels, les niveaux seront plus nombreux et plus longs. Le nombre d'heures de jeu effectif qui sépare le commencement d'un tournoi de sa fin se chiffre en dizaines d'heures. Dans notre cas des WaSOP, il faudra certainement compter entre 28 et 32 heures de jeu, avant de voir l'un des participants s'emparer du trophée du grand vainqueur. De même, il faudra certainement compter entre 14 et 17 heures de jeu avant de voir un premier joueur rejoindre les places payées. Par ailleurs, les tournois se dérouleront chacun sur quatre jours… Donc 28 à 32 heures de jeu effectif, mais plus de 80 heures, entre la première et la dernière distribution.

 

De saut en longueur, car avec des tapis de départ remplis de jetons, les joueurs disposeront de suffisamment d'élan, que pour sauter le plus loin possible. Si on compare le nombre de jetons, aux mètres d'élan, plus il y en a, plus il y a moyen d'aller loin dans un coup. Alors que dans un tournoi traditionnel, avec un jeu moins profond, les schémas de coups se résumeront bien souvent en milieu de partie, à relance suivie de tapis, dans un tournoi deepstack, on assistera plutôt à relance, sur-relance, sur-sur-relance, sur-sur-sur-relance, etc… avant de voir les joueurs aborder l'instant fatidique qui consistera à pousser leur tapis. La profondeur de stack augmente donc réellement le potentiel de jeu, permet d'utiliser un nombre plus élevé d'outils stratégique, et cela sans se « mettre dans le rouge ». Par ailleurs, la gestion financière des stacks est sans nul doute une qualité indispensable pour aller loin, et que je me propose d'aborder dans la foulée de cette présentation.

 

Gestion financière des stacks

 

Pourquoi financière ? Parce qu'on entre ici dans un concept lié à la bonne connaissance des moyens que l'on possède.

Votre investissement de départ, le buy-in, se traduit dès le début du tournoi en jetons.
Les jetons sont votre capital, et vous devenez des investisseurs boursiers, qui tenteront de faire les meilleurs placements, pour obtenir le plus grand rendement possible.

 

Une erreur bien souvent rencontrée aux tables, est de voir des joueurs paniqués parce qu'ils ont rapidement perdu une partie de leur capital.
Si après deux heures de jeu, vous avez perdu de 5000 à 10000 jetons, pas de panique. Vous n'avez en fait perdu que de 16,5 à 33% (dans le cas du 330), ou de 10 à 20% (dans le cas du 550). Il vous reste donc beaucoup de jetons en regard de la structure.

 

Perdre la notion de ses moyens est monnaie courante dans un deepstack. On ne se rend pas toujours compte qu'on est loin d'avoir perdu son potentiel de jeu.
Cette perte de repère par rapport à ses moyens est une forme de tilt qui s'accouple généralement à d'autres paramètres et peut conduire à votre perte.

 

Ces autres paramètres sont assez récurrents et ne manqueront pas de toucher une bonne partie des joueurs. On peut imaginer le fait d'être complètement card dead durant plusieurs heures (card dead = ne recevoir que des mains injouables), ou encore de voir un adversaire rentrer dans tous les coups et bénéficier d'une chance insolente, ou encore de recevoir de superbes mains confrontées à plusieurs adversaires et à des flops dangereux…

 

Pour ces paramètres, j'ouvre une parenthèse.

 

Plus vous recevez de mains, plus il y a des chances que votre sale période s'achève rapidement. La patience et l'endurance reste des éléments clés du tournoi deepstack.

 

Le jeu des autres ne doit pas vous toucher émotionnellement. Restez concentré sur votre propre jeu. La chance insolente n'est pas infinie. Votre tour viendra (ou pas… du moins durant ce tournoi, car la variance sur le poker en live se mesure en dizaines d'années).

 

Enfin, n'oubliez pas qu'une main, une seule, reste une infime partie de votre potentiel. Aussi, restez humble, ne misez pas tout sur une seule main (sauf si vous avez le meilleur jeu possible). Le futur vainqueur du tournoi en aura joué sans doute 900 avant de soulever le trophée.
Si vous recevez une grosse paire au début du tournoi, ne partez pas dans l'idée que c'est la main clé unique qui vous fera gagner le tournoi, et soyez capable de la laisser tomber si le flop est dangereux, ou si un adversaire semble aussi prêt à mettre son tournoi en jeu…

 

Doubler 50.000 jetons dans un tournoi de 500 joueurs au départ, augmentera certes vos chances, mais d'un point de vue mathématique, il vous restera 24,9 millions de jetons à gagner pour remporter le tournoi.

 

Pour bien garder ses repères dans un tournoi deepstack, il est important de toujours garder à l'esprit son propre potentiel de jeu.

 

Pour cela, plusieurs outils.

 

Il y a bien entendu le « vieux » concept de M de Magriel qui consiste à déterminer un indice repère par rapport au nombre de tours de distribution que votre tapis finance (avec 10.000 jetons, aux blinds 50-100, votre M est 10.000/150 = 66,66 – avec 25.000 jetons aux blinds 200-400 ante 50 et 9 joueurs à table, votre M est de 25.000/(200+400+9X50) = 23,8). Il est traditionnel de dire que dans un début de tournoi, quand votre M est supérieur à 20, tout va bien. Entre 10 et 20, il est temps de se bouger, et en dessous de 10, vous entrez en zone rouge.

 

Mais le concept le plus moderne consiste à mesurer votre tapis en Big Blinds.

 

Au début du tournoi (le 330 par exemple – blinds 25-50), votre tapis de 30.000 représente 600BB. C'est énorme. Si vous avez encore le stack de départ au début du 5ème level (150-300 ante 25), vous avez toujours 100BB… C'est toujours énorme.
En général, on considère que la zone devient « inconfortable » en dessous de 45BB, tout en restant jouable. En dessous de 30, il devient intéressant de prendre des risques. Vers les 20BB, il ne faut plus hésiter à pratiquer le contre-vol (en anglais re-steal). Genre un adversaire qui fait mine de voler beaucoup, en relançant toujours vers les 2,2 BB, se couchera souvent si vous lui envoyez 20BB (à moins de main réelle). Pour ce re-steal, pas besoin d'une main énorme… Des connecteurs assortis, ou toute main qui possède un potentiel d'amélioration seront suffisants.

 

Garder toujours en tête le potentiel de votre stack. Il est inutile de tirer le signal d'alarme sans repère, et sans nécessité.

 

Une autre erreur assez commune dans un deepstack, et assez bien en rapport avec la gestion financière, est de dépenser des jetons pour rien.

 

Le fait d'être riche rend beaucoup de joueurs dépensiers inutilement.
Par dépensiers, je veux dire aller trop loin dans des coups. Payer sans cote implicite. Payer même si l'on se sait battu… En gros, être un peu trop curieux.

 

N'oubliez pas que dans les tournois, un jeton gagné vaut moins qu'un jeton perdu.

 

Ceci n'interdit pas le fait de jouer beaucoup de coups au début… La structure est telle qu'on aurait tort de s'en priver.
Jouer beaucoup de coups, oui… mais des coups bon marché, des coups en position, des coups avec des mains « spéculatives » (genre des gappers assortis à 2 ou 3 trous).

 

Défendre une BB avec les pires poubelles (genre 8c 2d), ou même avec des mains dominées n'entre pas dans ces coups intéressants à jouer. Si quelqu'un relance à 3BB, qu'il est payé 2 fois, et que vous êtes en BB avec une poubelle, ou une main dominée, non seulement vous dépenserez plus souvent qu'à votre tour des jetons pour rien, hors position, mais en plus, avec une main du genre Kd 8c ,  si vous touchez un roi, il reste tout à fait possible que vous soyez dominé… Et jouer ce genre de coup hors position, reste très délicat.
Bien entendu, une fois de temps en temps, vous toucherez un flop miraculeux… Mais à ce stade, il reste très probable que vous ne rentabilisiez pas…

 

Une dernière chose à ce propos, n'oubliez pas non plus que le jeu agressif restera toujours supérieur au jeu passif. Mais nous en reparlerons.

 

Un tournoi ne se gagne pas durant le jour 1

 

Il se perd durant le jour 1…

 

Combien de fois n'ai-je pas vu quelques-uns de mes bons amis dire en fin de journée : « soit je double, soit je saute », ou « inutile que je revienne au jour 2 avec si peu de jetons »…

 

En pensant comme ça, ils oublient plusieurs choses :

 

-Le vainqueur se trouve dans le field du jour 2, pas dans les éliminés du jour 1.
-La première main jouée au jour 2 n'est que la suivante de la dernière du jour 1. Il n'y a pas une montagne d'écart… Juste une main (et un level).
-Revenir avec 15BB pour le jour 2 n'a rien de scandaleux. Vous doublez d'entrée et vous êtes presque revenu dans la course. Forcer le destin sous des prétextes temporels reste à mes yeux une grosse erreur.
-Exploser son tapis résulte plus d'un manque de confiance que de talent. Tant qu'il y a des jetons, il y a de l'espoir. Sans compter que le passage de journée vous donnera droit au redraw. Nouvelle place, nouveaux joueurs, nouveau croupier, nouvelle journée (avec une nuit de repos et une meilleure concentration).
-Enfin, ça peut paraître étrange, mais il est plus facile de doubler son tapis au niveau de blinds suivant, qu'à la fin du niveau précédent (avec le même potentiel de tapis, vous serez payé plus « light » quand les blinds seront plus hautes – en partant du principe que vous serez payés bien entendu, car si vous n'êtes pas payés, vous gagnerez aussi plus de jetons qu'au niveau précédent).

 

Ainsi de manière générale, gardez les prises de risque absolues pour plus tard. Au jour 2, il sera encore temps de vous envoyer en l'air…

 

Jeu agressif / Jeu passif

 

J'ai déjà abordé le sujet plus haut. Dans un deepstack, beaucoup de joueurs paient, paient et paient encore pour voir des flops à bon prix.

Plus que dans un tournoi traditionnel, cette option reste possible dans un tournoi deepstack (grâce au potentiel de profondeur abordé plus haut). Néanmoins, gardez à l'esprit que ce style de jeu nécessitera de grandes capacités de jeu post flop. Limper une main comme 5d 4h en fin de parole et trouver un flop Kc 5h 4s vous obligera à tenter de rentabiliser tout en restant bien prudent, car en jouant passivement, vous n'avez aucune idée du potentiel adverse, et vous ne représentez vous-même pas grand-chose.

 

Par rapport à ce style de jeu, un jeu agressif quel qu'il soit, sera toujours meilleur malgré tout.

 

Vous pouvez être agressif en jouant un jeu « Small Ball » (un jeu constitué de beaucoup de mains jouées via de petites relances, et petites mises post flop – agresser souvent en protégeant votre stack). Néanmoins, de nouveau, il vous faudra être très bon post flop. Car en général, les joueurs qui adoptent ce style sont plus souvent contesté (payé ou sur-relancés).

 

Enfin, il reste le style serré agressif. Il est moins amusant que le « Small Ball » car on joue moins de mains, mais au final est-on là pour s'amuser, ou pour gagner un tournoi ?
Si vous n'êtes pas à l'aise avec le jeu large agressif, ne jouez pas contre nature. Jouer uniquement des mains sélectionnées et de préférence en position.

 

L'agressivité possède un double avantage par rapport à la passivité. Tout d'abord, vous définirez plus facilement la valeur des mains adverses, ensuite, vous représentez plus facilement une main meilleure que celle que vous avez.

 

Connaissance du tournoi

 

Il s'agit d'une sous-connaissance à avoir par rapport à la gestion financière de son stack. Mais avoir une bonne connaissance de la structure de jeu générale, peut vous aider à préparer votre stratégie.

 

Les moments les plus importants d'un tournoi sont les moments de rupture temporelle.

 

Arf… Là vous devez me prendre pour Doc Brown dans Retour vers le futur…
Et au final, vous n'avez pas forcément tort…
En effet, connaître la structure, c'est aussi connaître l'avenir. Être capable de déterminer quels seront les moments clés d'un tournoi.

 

Dans une structure, « les moments de ruptures temporelle » sont en fait des points d'inflexion dans une évolution de blinds. En général, les meilleurs moments pour changer de vitesse.

 

Dans son livre « Toutes mains révélées », Gus Hansen déclare adorer ces moments privilégiés. Il les considère à chaque fois comme un nouveau départ. Et pour bien marquer sa domination, il essaie toujours de (re) prendre le contrôle à ces moments clés.

 

Oui, mais c'est quoi un point d'inflexion ?

 

C'est simple. Prenons le début de la structure du jour 1 du 330. Au niveau 1, les blinds sont à 25-50 (un tour coûte 75 sans jouer). Au niveau 2, les blinds sont à 50-100 (tour = 150 sans jouer), soit une augmentation de 100%. Au niveau 3, les blinds sont à 75-150 (tour = 225), soit une augmentation de 50%,… etc.

 

Si je résume l'évolution chiffrée est la suivante jusqu'au level 11 : 75, 150, 225, 550, 700, 1100, 1650, 2200, 3200, 4400, 6000.

 

Le premier véritable point d'inflexion se situe au début du level 4. Après avoir augmenté régulièrement de 75 au tour par niveau, l'augmentation à ce level est de 325. Un véritable point de rupture dans la structure (notez que ce niveau coïncide avec l'arrivée des antes). Voler deviendra donc beaucoup plus profitable à ce moment.

 

Le second point d'inflexion arrive au niveau 6. Après un niveau « d'accalmie » au niveau 5, augmentation de 150 au tour, au niveau 6, on passe à +400…

 

Le niveau 7 = +550 au tour. Il s'agit ici d'un demi-point d'inflexion qui se stabilise au niveau 8, qui est lui aussi à +550.

 

Le troisième véritable point d'inflexion, et le moment choisi par beaucoup pour « s'envoyer en l'air », est le niveau 9. A des blinds 600-1200 ante 200, l'augmentation par rapport au niveau précédent est de 1000 au tour…

 

Bon je suppose que vous avez compris…

 

En connaissant ces moments de ruptures, vous pourrez anticiper les comportements des autres, et ainsi adapter votre stratégie à ceux-ci.

 

Préparation

 

Comme déjà dit plus haut, un tournoi deepstack est un marathon.

 

Préparez-le comme tel, et n'arrivez pas le jour du tournoi sans avoir passé une bonne nuit. N'oubliez pas également de prendre des repas légers, et riches en protéines, et enfin, n'oubliez pas de vous hydrater (H2O préférable au houblon)…

 

Se sentir bien dans son corps est indispensable pour entamer une telle épreuve d'endurance. Et plus vous aurez pris soin de celui-ci, plus vous serez capable de rester concentrer longtemps.

 

Conclusion

 

Il y a encore beaucoup de chose à dire par rapport aux tournois de manière générale. Mais restons-en là pour le moment.

 

J'espère que ce petit article dédié vous aura intéressé, et rappelez-vous qu'il n'est absolument pas interdit de ne pas être d'accord… Le poker c'est aussi de nombreuses et différentes intelligences mises côte à côte, et tous les points de vue sont intéressants.

 


08
NOV

Poker Omaha - 2

Les mains de départ au Omaha Hi (par Julien Becquart)

Catégorie : Articles de stratégie
Publié le : 08 novembre 2011 - 12:13

Comme nous l'avons vu dans le premier article consacré à la variante, le omaha est un jeu à tirages dans la mesure où l'écart entre les mains de départ respectives est généralement bien plus réduit qu'en holdem.

 

Beaucoup de joueurs débutants en concluent qu'il faut jouer beaucoup de mains et espérer un tableau qui connecte plus ou moins bien avec leurs quatre cartes privatives.

Toutefois, "jeu de tirage" ne veut pas dire "jeu de grattage" et si vous négligez de sélectionner drastiquement les mains avec lesquelles vous allez jouer le flop, vous risquez de graves déconvenues !

 

Avant de vous dévoiler les trente meilleures mains du omaha hi, essayons de définir quelles qualités une main de omaha peut avoir :

 

- Elle contient des cartes hautes

 

Cette qualité tombe sous le sens : en omaha hi, nous cherchons toujours à former une combinaison forte. Une quinte devra donc être aussi haute que possible, une couleur devra être max ou quasi max, un brelan devra être le brelan max, etc ... Pas de doute donc, avoir plus de deux cartes hautes est souvent un gage de qualité de nos mains de départ.

 

- Elle contient des cartes consécutives

 

Avoir quatre cartes consécutives (exemple : QJT9) ou quasi consécutives (JT87) donne à votre main un énorme potentiel d'amélioration. Le tableau vous offrira souvent des quintes ou des tirages quinte énormes. Inutile de vous dire que si le tableau ne présente pas de risque de couleur ou de full, c'est la quinte qui fera la loi.

 

Un petit mot sur la quinte. Elle est l'ordinaire du joueur de omaha et vous jouerez souvent pour en constituer une. Vos adversaires aussi !
Dès lors, soyez très suspicieux si vous détenez des mains consécutives dont le "trou" est en haut : ces mains vont certes vous offrir de jolies quintes MAIS vous risquez souvent d'affronter des adversaires qui tireront pour une quinte supérieure à la vôtre.

 

Un petit exemple : vous détenez J987 et le flop est un magnifique QT9. Vous avez donc déjà une quinte à la dame. Seulement voilà, si un de vos adversaires avait KQJx, il a aussi une quinte et elle est supérieure à la vôtre !

 

Pas de chance me direz-vous ... mais vous constaterez que ces mains consécutives avec le "trou" en haut vous amènent très souvent à affronter une quinte supérieure, préférez nettement des mains avec le "trou" en bas : avec une main telle que JT97, votre décision sera bien moins difficile la plupart du temps.

 

- Elle contient des cartes assorties (deux coeur et deux trèfles par exemple)

 

Jouer un tirage couleur max en plus de votre quinte vous permettra parfois de "freeroller" votre adversaire. "Freeroller" signifie avoir le même tirage qu'un adversaire (une quinte identique par exemple) au flop ou à la turn tout en gardant des "retirages" permettant d'améliorer votre main alors que votre adversaire n'en a pas et ne peut donc espérer au mieux qu'un partage du pot.

 

Si vous ne jouez que pour la couleur, tirer pour une couleur au 9 est souvent suicidaire, surtout contre plusieurs adversaires. Lorsque vous engagez beaucoup de jetons sur une couleur, veillez à ce qu'elle soit max ou quasi max. De même, une "doublette" sur le tableau (deux valets, deux six par exemple) doit immédiatement vous alerter car cela signifie que désormais, un full dans les mains adverses est possible.

 

- Elle contient deux paires

 

Le but, lorsque vous avez deux paires en cartes privatives est d'améliorer votre main. Vous viserez donc le brelan bien sûr mais il est judicieux d'avoir un plan B. Ainsi par exemple, deux paires trop éloignées vous priveront des tirages quinte. Préférez donc des paires connectées ou semi connectées (AAKK, QQTT, ...)
Evidemment, si vos deux paires sont assorties et hautes (as dame de pique et as dame de coeur par exemple), vous tirerez aussi les couleurs max et semi max).

 

Evitez comme la peste les doubles paires trop petites ! Souvent votre brelan (ou votre full) sera battu par un brelan supérieur. D'ailleurs, parmi les trente meilleures mains de omaha hi, QQ99 et JJTT sont tout en bas du tableau. C'est vous dire le peu de valeur de mains comme 7722 ou 9933.

 

Voici donc les 30 meilleures mains (les couleurs n'ont pas été incluses dans le tableau mais les mains en "double couleur" seront toujours meilleures que les mains identiques mais arc en ciel.

 

1 - A-A-K-K
2 - A-A-J-10
3 - A-A-Q-Q
4 - A-A-J-J
5 - A-A-10-10
6 - A-A-9-9
7 - A-A-x-x
8 - J-10-9-8
9 - K-K-Q-Q
10 - K-K-J-J

 

11 - K-Q-J-10
12 - K-K-10-10
13 - K-K-A-Q
14 - K-K-A-J
15 - K-K -A-10
16 - K-K-Q-J
17 - K-K-Q-10
18 - K-K-J-10
19 - Q-Q-J-J

 

20 - Q-Q-10-10
21 - Q-Q-A-K
22 - Q-Q-A-J
23 - Q-Q-A-10
24 - Q-Q-K-V
25 - Q-Q-K-10
26 - Q-Q-J-10
27 - Q-Q-J-9
28 - Q-Q-9-9
29 - J-J-10-10
30 - J-J-10-9

 

Un débutant en omaha hi aura tout avantage à ne jouer qu'avec ces mains. Nous préconisons aussi un jeu plutôt agressif, surtout en tournoi lorsque les blindes commencent à être élevées.

 

Essayez autant que possible de jouer avec l'avantage de la position et ne "chassez" pas des tirages qui ne seraient pas max ou quasi max.

 

Eviter de trop bluffer et surtout, considérez que la plupart du temps, si votre adversaire continue à miser alors que vous n'avez pas le jeu max, c'est probablement qu'il a un meilleur jeu que vous (sauf si vous avez des preuves évidentes qu'il s'agit d'un bluffeur patenté)!

 

Bon jeu !

 


12
OCT

Poker Omaha - 1

Les bases (par Julien Becquart)

Catégorie : Articles de stratégie
Publié le : 12 octobre 2011 - 21:23

Si le Texas Holdem reste, et de loin, la variante poker la plus jouée, nous assistons depuis quelques années à un engouement croissant pour une autre forme de poker : le omaha.

 

Qu'il soit pratiqué en limit, pot limit ou même no limit, qu'il s'agisse du omaha Hi ou du omaha hi/low (aussi appelé omaha 8 ou omaha split), l'offre de omaha en ligne est omniprésente tant en cash game qu'en sit'n go ou encore en tournois multitables. Du côté "poker en dur", le Casino de Namur a récemment ouvert ses tables à cette nouvelle forme de poker.

 

A priori, le omaha ressemble beaucoup à son cousin Holdem : il y a bien des cartes privatives, un flop, un tournant et une rivière et les règles de mises sont identiques. Cependant, ce ne sont pas deux mais quatre cartes privatives qui sont distribuées aux joueurs et cela change fondamentalement les ressorts du jeu.

 

il y a aussi une différence cachée, beaucoup plus subtile et sur laquelle TOUS les débutants butent tôt ou tard : les joueurs DOIVENT utiliser deux de leurs quatre cartes pour former leur combinaison "gagnante".

 

Un petit exemple vaut mieux qu'un long discours

 

- imaginez un tableau avec As Ah Ac Ad Kd
- le joueur A a reçu 2h 3d Kh Qd
- le joueur B a reçu 8h 8d 4h Js

 

Lequel des deux joueurs peut-il prétendre à un carré ?


Qui gagne le pot et avec quelle combinaison ?

 

A la première question, la réponse est "personne !". En effet, pour former sa combinaison, chacun des joueurs DOIT remplacer deux cartes du tableau par deux cartes de sa main. Chacun doit donc retirer au moins un des as et donc personne ne peut prétendre au carré.


A la deuxième question, la réponse est : le joueur B qui remplace un as et le roi du tableau par ses deux 8 et obtient ainsi un full des as par les 8, le joueur A n'obtiendra pas mieux qu'un brelan en remplaçant AK par KQ.

 

Comme vous le voyez, cette obligation d'utiliser deux de vos cartes peut vous donner l'illusion d'un jeu supérieur à celui auquel vous pouvez prétendre et cela est dû à nos habitudes de joueur de hold'em qui lui, aurait pu prétendre à un carré d'as quelles que soient ses cartes privatives. Croyez-moi, tous les joueurs de omaha ont cru un jour gagner un énorme pot avec un full ou une quinte imaginaires et cette erreur peut coûter très gros !

 

Votre main de départ n'est jamais un "monstre"

 

Le fait de recevoir quatre cartes privatives multiplie les possibilités de connecter le tableau. En effet, quatre cartes, groupées deux par deux (puisque vous DEVEZ en utilisez deux), cela donne six combinaisons à confronter au tableau. Vous avez donc en quelque sorte "six" mains avec lesquelles spéculer.


Ainsi, si vous recevez As Ah Ks Jd vous aurez les combinaisons suivantes


- As Ah
- As Ks
- As Jd
- Ah Ks
- Ah Jd
- Ks Jd


Six mains plutôt chouettes d'ailleurs !

 

Le problème, c'est que si vous recevez quatre cartes (et six combinaisons), les autres reçoivent le même traitement et si vous multipliez ces combinaisons par le nombre de joueurs à une table (disons de 10 joueurs), ce ne seront pas moins de 60 combinaisons qui seront formées (pour seulement 10 au holdem !).

 

Il ne faut dès lors pas être grand clerc pour comprendre que lorsque le tableau sera dévoilé, la valeur "nominale" de chacune des combinaisons de départ sera sérieusement diminuée par la QUANTITE de combinaisons adverses.
C'est cette énorme quantité de possibilités qui "lisse" les probabilités entre les meilleures mains et les mauvaises mains.

 

Sans vouloir vous assommer de chiffres, une main de holdem peut souvent, preflop, atteindre jusqu'à 80% de probabilité de gain en cas de tapis preflop. Au omaha nous sommes bien loin du compte avec quelques rares confrontations qui atteignent péniblement le 70 vs 30 %.

 

Partir à tapis preflop ne fait donc pas partie des "standard" de l'omaha même si cela peut s'avérer utile dans certaines circonstances. Le omaha est plutôt un jeu de "tirages" et les joueurs autour de la table vont plus souvent "investir" au flop dans l'espoir de voir leur main s'améliorer plutôt que de "défendre" une main faite lorsque de nombreux tirages sont susceptibles de rentrer à la turn ou à la river.

 


Le omaha est un jeu "à tirages"

 

Oubliez les quintes ventrales ou même les quintes par les deux bouts. Souvent, 8 ou 9 outs au omaha, c'est plutôt peu, on jouera plus souvent 13 outs, voire 16 ou même 22 outs dans certains cas !

 

Oubliez aussi les quintes lorsqu'il y a trois cartes de la même couleur sur la table : avec chacun quatre cartes, vos adversaires auront trop souvent touché leur flush. Dans le même ordre d'idées, une couleur trop basse sera très vulnérable aux couleurs supérieures.

 

Pire encore, une couleur max sur un flop comportant une "doublette" (deux cartes identiques) vous mettra en grave danger de faire face à un full.

 

Et pour finir de vous casser le moral, un full sera régulièrement battu par un full supérieur ...

 

Ne jouez pas toutes les mains !

 

Puisque le omaha est un jeu à tirages, il vaut mieux pour vous, jouer avec l'avantage de la position. En effet, outre l'information que vous pourrez obtenir des actions de vos adversaires, vous aurez aussi l'opportunité de "manipuler le pot" en misant, en relançant ou au contraire en collant ou checkant. Comme au holdem me direz-vous ... oui mais avec cette subtile différence que le omaha se joue souvent en "pot limit" et que le contrôle du pot dans cette variante est bien plus aisé avec l'avantage de la position.

 

Outre la position, bien choisir vos mains va sans aucun doute s'avérer crucial car, oui, même au omaha, il y a des premiums et des poubelles, avec toute une gradation entre les meilleures mains et les pires.

 

Cette sélection des mains de départ fera l'objet de notre prochain article.

 


26
SEP

Les émotions au poker

Quand votre cerveau se met en 'tilt' (par Julien Becquart)

Catégorie : Articles de stratégie
Publié le : 26 septembre 2011 - 07:56

Tout joueur de poker est, un jour ou l'autre, confronté à ce phénomène appelé familièrement le tilt. Mais ce terme couvre en réalité bien plus que le fait de sentir deux fils de votre cerveau se toucher et faire des étincelles.

 

 

Le "Tilt" est bien plus retors que ça et il n'est pas toujours facile d'identifier avec précision à quel point votre jeu est dégradé par cette manifestation négative de votre matière grise.

 

 

Les différentes formes de tilt.

 

Dans le concept de 'tilt', il faut englober TOUS les états d'esprit qui vont avoir un impact négatif sur votre jeu et, au final, vous faire perdre de l'argent en quantités.

 

- Le tilt fou

 

Le plus courant et le plus facile à détecter : aussi appelé FPS (fancy play syndrom), ce tilt vous fait tout simplement jouer en dépit du bon sens. Vous avez des raisonnements et vous pouvez expliquer vos moves mais ces raisonnements sont fantaisistes et ces moves sont suicidaires. Ce type de dérive apparaît généralement lorsque vous avez perdu quelques gros pots contre des joueurs très larges ou, plus rarement, lorsque vous êtes bien trop détendu après une session trop facile ou une grosse victoire en tournoi.

 

- Le tilt large

 

Plus modéré que le tilt fou, le tilt large est sans doute le plus courant. Vous jouez beaucoup trop de mains, laissant votre cerveau vous pousser vers vos instincts les plus primaires : vous voulez gagner chaque coup, chaque pot et vous vous ennuyez vite et ferme si vous n'êtes pas impliqué dans deux mains de suite.
Cette forme de tilt, terriblement coûteuse, est souvent lié à un mauvais état d'esprit au moment de vous mettre à table (ou devant votre ordinateur). Votre cerveau fait une crise de paresse et une grève de la raison pour vous présenter un schéma qui conviendrait à peine aux tables de roulettes.

 

- Le tilt agressif

 

Inutile de vous présenter cette forme de tilt. Souvent, il est la conséquence d'un bad beat que vous venez de subir. La colère vous fait alors faire des folies avec vos jetons et, si vous ne vous maîtrisez pas très vite, le tilt agressif peut vous coûter une fortune en seulement quelques dizaines de minutes !

 

- Le tilt passif

 

Ici, vous jouez trop mou. Vous ne valorisez pas vos bonnes mains. Vous payez trop "juste pour voir". Souvent, c'est parce que vous faites autre chose en même temps que votre session : coup de fil à madame, télévision, lecture de vos emails ...

 

- Le tilt stéréotypé

 

Plus subtil, cette forme de tilt guette les joueurs qui multitablent en cash game : tous les moves que vous effectuez sont horriblement prévisibles, vous êtes un livre ouvert pour vos adversaires. Ici encore, la paresse ou la fatigue de votre cerveau (ou le fait de jouer trop de tables à la fois) vous empêche de jouer votre meilleur poker.

 

- Le tilt serré

 

Beaucoup moins détectable mais tout aussi dommageable est le tilt "serré". Vous voyez des fantômes partout et foldez un peu trop systématiquement quand vous rencontrez de la résistance. Cette forme de tilt apparaît souvent lorsque vous avez perdu une longue série de mains que vous auriez dû gagner (un bad run !). Le tilt "timide" apparaît aussi lorsque votre bankroll ne vous permet plus de jouer tout en gardant de la "distance" par rapport aux sommes engagées.

 

Comment éviter le Tilt ?

 

Mauvaise nouvelle, éviter le tilt est pour ainsi dire impossible. Cela reviendrait à TOUJOURS jouer son meilleur poker, au mieux de sa forme, sans que votre cerveau, vos instincts et vos émotions ne viennent y mettre leur grain de sel.

 

Toutefois, une bonne prévention peut limiter ces moments de dérive :

 

- Ne jouez pas au-dessus de vos moyens ! Si vous avez une bankroll, respectez des règles strictes pour la préserver. Si vous jouez sans bankroll, choisissez la somme que vous mettez en jeu de manière à ce qu'elle puisse être éventuellement perdue sans que ça vous "fasse mal". Vous n'imaginez pas le confort obtenu lorsque vous êtes désensibilisé à la "perte d'argent" car, si les choses tournent mal, votre cerveau considèrera la perte comme très marginale et ne se révoltera pas.

 

- Choisissez avec soin les moments où vous jouez. C'est un conseil simple mais essentiel, surtout pour les joueurs online. Soyez tout à votre jeu, soyez éveillé, non alcoolisé, concentré et calme ! Si vous sentez que vous n'êtes pas à ça, n'insistez pas, il y aura d'autres sessions et d'autres tournois plus tard ...

 

- Ne faites pas de comptes à court terme ! C'est extrêmement important, particulièrement pour le cash game et les sit'n go. Le poker gagnant se base sur les probabilités et le long terme est votre seule règle. Vouloir "forcer" pour se refaire lors d'une session perdante ou une mauvaise semaine est la meilleure manière de vous confronter au tilt !

 

- Rappelez-vous que le poker est un jeu "à petite marge". Etre gagnant dans votre limite de jeu est déjà une victoire. Ne rêvez pas trop aux millions de dollars des tournois rassemblant des milliers de joueur. N'écoutez pas ceux qui vous affirment qu'ils gagnent 30 grosses blindes de l'heure en cash game ou qui annoncent un ROI (Retour sur investissement) de 200% en sit'n go. Jouez simplement chaque main avec sérieux et application, sans trop vous soucier du coup que vous venez de perdre ou de la récompense qui est encore bien loin. Votre "edge" (avantage technique sur les autres joueurs) sera toujours très relatif et si vous commencez à gaspiller cet avantage en jouant mal, vous devrez travailler dur pour "réparer" les dégâts terribles que le Tilt peut faire à votre courbe de gains.

 

Et si le tilt est là !

 

- Arrêtez de jouer ! Ça peut paraître stupide mais il vaut mieux quitter la table en plein tournoi et aller prendre l'air que de laisser le tilt dégrader votre jeu au point de vous pousser vers la sortie. Calmez-vous, buvez un coup, faites un footing autour du casino, hurlez un bon coup puis revenez aussi détendu que possible afin de reprendre la partie avec le maximum de vos moyens.

 

- Jouez plus serré. Sauf bien sûr si vous êtes victime d'un tilt "serré", il peut être judicieux de resserrer votre jeu lorsque vous vous sentez en tilt. Vos décisions seront plus faciles à prendre, vous pourrez reprendre confiance et rélargir votre jeu un peu plus tard, quand vous vous sentirez mieux.

 

- Rappelez-vous que vous êtes un bon joueur (si si vous êtes un bon joueur puisque vous avez lu cet article jusqu'ici) et chassez le doute. Ne faites cependant pas de faute d'égo, vous n'avez rien à prouver à qui que ce soit si ce n'est vous-même et n'envisagez jamais un coup autrement que comme un investissement dont vous devez tirer le maximum ... si tout se passe bien. Au moins, si vous le perdez, vous aurez la satisfaction d'avoir joué exactement comme il le fallait.

 

J'espère que cet article vous aura convaincu que le poker est un jeu bien plus riche et complexe qu'un simple jeu d'argent ou de probabilités. Votre capacité à déceler une forme de tilt, chez vous ou chez vos adversaires, vous donnera un avantage inestimable aux tables de poker.

 

Et si la psychologie du poker vous intéresse vraiment, je ne saurais que trop vous conseiller la lecture de "Poker Mindset", disponible dans toutes les bonnes librairies et sur internet.

 


01
AVR

Gérer une bankroll...

ou pas... (par Julien Becquart)

Catégorie : Articles de stratégie
Publié le : 01 avril 2011 - 10:37

Quel joueur de poker n'a jamais entendu parler de la "bankroll", ce terme un peu barbare qui désigne la quantité d'argent disponible pour pouvoir continuer à jouer à notre jeu favori.

 

 

Satanée bankroll ! Tout le monde en parle mais personne n'est vraiment d'accord sur son utilité ni surtout sur sa taille. Et pour cause puisqu'à chaque type de joueur correspond une bankroll !

 

 

 

Pourquoi une bankroll ?

 

Nous l'avons vu dans les articles précédents, le poker est un jeu où il faut viser le long terme pour transformer le hasard en probabilités. Or, pour pouvoir viser le long terme, il faut être en capacité de jouer de nombreuses mains.
Pour pouvoir jouer de nombreuses mains et donc de nombreuses parties, il faut une "réserve d'argent" qui nous assure que même en cas de malchance, nous aurons toujours les moyens de continuer à jouer.

 

La bankroll est donc au poker ce que le "cash flow" ou "fonds de roulement" est aux chefs d'entreprises : une sécurité financière qui permet d'investir dans les stocks, de payer le personnel, de survivre aux périodes de récession, etc ...

 

A la lecture de ce qui précède, nous pouvons épingler deux types de joueurs qui n'ont absolument aucun besoin de se prendre la tête avec la gestion d'une bankroll :

 

- Les joueurs chroniquement perdants
- Les joueurs occasionnels

 

Les joueurs perdants n'ont pas intérêt à se constituer un capital puisque leur activité pokéristique étant déficitaire, quoi qu'il arrive, ils vont dilapider leur capital et se retrouver à sec. Ils seront donc mieux inspirés d'investir d'abord dans des livres ou des séances de coaching et n'envisageront la bankroll que lorsqu'ils seront persuadés d'atteindre un minimum de rentabilité dans leur jeu.

 

Les joueurs occasionnels n'ont aucun besoin de bankroll : ils prennent 200 euros sur leur compte d'épargne, le "claquent" à une table de cash game ou dans un ou deux tournois puis, selon leur bonne fortune et leur compétence, remettent leurs bénéfices sur leur compte en attendant la prochaine session ou .... reprennent 200€ lorsque l'envie les reprend.

 

De quelle taille doit être ma bankroll ?

 

Si vous pensez être un joueur gagnant et souhaitez faire fructifier votre talent, la gestion d'une bankroll est tout simplement indispensable. Encore faut-il, pour en calculer la hauteur, définir votre profil.

 

Ainsi, le joueur pro (celui qui n'a d'autres revenus que ceux du poker) devra avoir une bankroll plus étoffée puisqu'il devra, chaque mois, prélever de son capital de quoi vivre (au moins) décemment. Il sera aussi bien plus rigoureux dans sa gestion, décomptant tous les faux frais engendrés par son métier (déplacements, boissons, etc ...)

 

Le joueur plutôt agressif devra lui aussi prévoir plus large, la "variance" de ses gains et pertes risquant bien d'être plus élevée que celle d'un joueur plus conservateur dans sa manière de jouer.

 

Quant aux joueurs de tournois, ils devront sans doute calibrer leur bankroll en fonction du "field" des tournois auxquels ils jouent : s'ils jouent surtout des tournois où des milliers de joueurs sont inscrits, ils gagneront beaucoup mais moin souvent, leur variance sera donc énorme et il faudra toujours garder de quoi "payer ses buy in".

 

Enfin, le joueur dont le bénéfice est généralement plantureux pourra sans doute se contenter d'une bankroll moindre que celui dont la marge est très petite.

 

Oui d'accord mais combien ?

 

Beaucoup se risqueraient à vous donner des chiffres précis mais au vu de ce qui précède, vous comprendrez que fixer un nombre de buy'in nécessaire à une bonne gestion de bankroll dépend de trop de facteurs que pour s'y risquer.

 

Sachez toutefois que beaucoup de joueurs de cash game estiment qu'une bankroll de 50 caves est nécessaire pour le cash game et que 100 à 200 buy in s'imposent à un joueur de tournoi qui veut faire de vieux os.

 

Je préfère quant à moi la formule de Chris Ferguson qui estime qu'il ne faut JAMAIS déposer plus de 5% de son capital sur une table de tournoi. Mais c'est vraiment le maximum de chez maximum et il serait sans doute plus prudent d'envisager une marge de sécurité plus importante.

 

Quoi qu'il en soit, vous devrez parfois vous résoudre choisir des buy in plus modestes quand votre capital se met à fondre. Ce n'est jamais une expérience très gratifiante de "descendre de limite" mais votre survie sera parfois à ce prix, au moins quelque temps.

 

Et si je perds ma bankroll ?

 

Eh bien, ma foi vous serez "broke" c'est-à-dire ruiné pokéristiquement ... et il ne vous restera plus alors qu'à reconstituer doucement votre capital en gagnant quelques freerolls, en vous faisant "stacker" (voir l'article de Julien sur le sujet) ou en obtenant une "bourse de poker" auprès de votre oncle richissime !

Mais rassurez-vous, de très grands noms du poker ont fait l'expérience de la banqueroute avant vous et ont trouvé les moyens de rebondir !

 



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